Pour les professionnels

Cette section est réservée aux professionnels, nous y reprenons quelques éléments complémentaires à ceux indiqués dans la lettre d’information. Cette page sera régulièrement mise à jour

Voir aussi les pages: documentation pour la presse et quelques articles de la revue de presse

Le programme de prévention Yapaka

Le livre « Une histoire comme plein d’autres (sauf que c’est la mienne) « ainsi que le blog de 100drine sont des éléments d’un ensemble plus vaste : le programme Yapaka mis en œuvre par la Coordination de l’aide aux victimes de maltraitance. Au sein du Ministère de la Communauté française, cette Coordination organise des programmes transversaux en collaboration avec différentes entités (aide à la jeunesse, enseignement, enfance, santé…). Ces programmes sont déclinés suivant différents publics : professionnels, parents, enfants et adolescents. Un aperçu de ces programmes est visible sur www.yapaka.be . Un aperçu plus théorique est disponible dans le livre (également en ligne) « Procès Dutroux, penser l’émotion » (Article : Quelle prévention de la maltraitance)

Un programme spécifique pour adolescents

Étant donné la spécificité du public adolescent, il a été décidé de mettre en œuvre une communication distincte. Le livre de JL Fonck et F Janin, qui raconte l’histoire d’un adolescent (Hubert), est diffusé gratuitement à 60 000 exemplaires chaque année (automne 2005, 2006). Le récit se poursuit via le blog de 100drine (la petite amie d’Hubert). Différents éléments complémentaires viennent s’ajouter : cartes postales Boomerang, cartes électroniques, autocollants, T-shirt… De plus, chaque semaine, le quotidien Le Soir (Swarado) publie un billet de 100drine; elle est également présente par des billet audio sur Fun Radio, etc…

Les objectifs généraux

Ce programme est destiné aux adolescents de 12 à 15 ans, il vise essentiellement la circulation de la parole entre adultes et ados. Prendre en compte de l’altérité, encourager l’expression… sont des éléments qui contribuent à réduire la violence. Cependant, soyons clairs, des outils tels ceux développés ici ne sont jamais que des moyens, des facilitateurs, mis à la disposition des professionnels en contact avec les adolescents. La prévention, n’est effective que DANS une relation.

Pas de dossier pédagogique

Au même titre que les autres programmes menés par yapaka, ces actions-ci ont donné lieu à une longue préparation (des tables rondes de parents, d’adolescents, pré test, consultation d’experts, etc…). Et, à l’instar des autres programmes menés, nous estimons préférable de ne pas proposer de guide ou dossier pédagogique. Nous croyons clairement que chaque animateur, éducateur, enseignant… est le mieux à même de déterminer comment utiliser tel ou tel outil en fonction 1/ de son public 2/ du cadre de travail 3/de ses compétences.

Les ressorts du livre

Le livre « Une histoire comme… » joue essentiellement sur deux ressorts

A/ Il reprend différents problèmes auxquels doivent faire face les adolescents. Nous pensons qu’en pouvant s’identifier à Hubert, le lecteur peut comprendre qu’il n’est pas seul, que d’autres sont déjà passé par là, que d’autres vivent des choses similaires à lui, etc… Ce premier niveau est celui de la reconnaissance d’un certain mal être, ceci aide à sortir de la solitude.

B/ Les vignettes dans lesquelles s’expriment les autres personnages (les parents, enseignants, petite amie,…) visent à aider le lecteur à prendre en compte un autre point de vue.

Les ressorts du Blog

Le blog joue sur les mêmes ressorts identificatoires que le livre (de même plusieurs manière de faire intervenir les autres personnages sont prévues. En outre, le blog fait le pari d’ouvrir un espace d’écriture participative.

Qui peut intervenir sur le blog ?

La plupart des billets sont écrits par des professionnels du programme Yapaka et illustrés par une jeune illustratrice, elle même blogeuse. Avant publication, chaque billet est relu par un comité de lecture composé de pédopsychiatre, psychologue, éducatrice,... travaillant avec des adolecents (Nous espérons cependant que le contenu va progressivement pouvoir être construit grâce à la participation des adolescents et des professionnels en lien avec eux.

Les thèmes abordés sont fonction soit d'une trame narrative, soit de l'actualité mais également fonction des billets postés par les internautes dans les commentaires ou dans la section "Les amis de 100drine". De même, celui ou celle qui le souhaite peut proposer un épisode. Il sera parfois réécrit avant publication.

De part son ouverture (peu filtrée) n’importe qui peut intervenir sur le blog. Cependant il est prioritairement destiné aux adolescents de 12 à 15 ans et aux adultes qui les encadrent. Si l’expérience d’une trop grande ouverture pose problème, différents filtres sont possibles. En pratique, les interventions (modération ou suppression de message) sont exceptionnelles.

Interventions individuelles sur le blog:
Chacun peut participer à l’écriture du blog via :

A/ Les commentaires en dessous de chaque billet. Les interventions sont possibles en tant que personne ou en tant que personnage du monde de 100drine.

B/ Les sondages (utilisés occasionnellement) qui permettent de faire avancer le cours de l’histoire dans un sens ou un autre.

C/ La création de nouveaux personnages (soit par mail soit directement en ligne via l’espace "les amis de100drine")

D/ La création d’épisode ou d'autres apports (soit par mail soit directement en ligne via l’espace "les amis de100drine")

L’écriture en groupe :
Les groupes peuvent bien entendu également intervenir selon les modalités indiquées ci –dessus. Cependant, nous pensons que dans le cadre d’animations encadrés par des adultes, deux modalités spécifiques offrent des possibilités plus créatives.

A/ Création d’une série de billets qui abordent un thème. Comment 100drine peut-elle envisager les questions telles racisme, contraception, drogue, citoyenneté, suicide, identité sexuelle, etc… Aborder un tel thème dans une narration (telle celle d’un épisode d’une série TV) amène à le complexifier, à réfléchir comment les autres personnages interviennent, que pensent-ils, etc…

B/ Une étape plus loin est la création du blog d’un des personnages qui gravitent autour de 100drine. Nous pensons particulièrement fécond si un groupe d’adolescents crée le blog d’un adulte, un groupe de fille écrit la vie d’un garçon et vice versa.

Parler aux ados…

Dans la communication à l’attention des ados, plusieurs modes de communication coexistent

De nombreux programmes de prévention présentent une communication où un adulte bienveillant répond ou aide l’adolescent en difficulté. Cette position, dans laquelle l’adulte tient sa place, a sa cohérence maximale dans la relation individuelle ou de groupe : une consultation, une classe, une animation…. Dès qu’un programme s’adresse, via un média, à un grand nombre les choses sont plus complexes et peuvent être schématiquement vues sous quatre angles :

1. L’information : une communication large ou médiatisée, a évidemment toute son efficacité quand le programme se centre sur des objectifs informatifs. Il est rare que les programmes de prévention se limitent à ce rôle, c’est pourquoi bien souvent un volet sensibilisation, via des animations par exemple, est mis en place.

2. La participation : A mi-chemin entre le pédagogique et l’informatif, existent tous les programmes d’éducation au média, de lecture de la presse à l’école. Dans cette lignée, Internet permet d’aller plus loin en offrant à la fois une information aux adolescents mais également la possibilité d’interagir, voire de créer du contenu. Pour autant qu’une vraie liberté de parole soit possible et encouragée, que la contradiction soit favorisée, ce type de démarche a tout son intérêt dans une optique « citoyenne », complémentaire à l’apprentissage. Le site espace-citoyen.be est un exemple dans ce sens.

3. Le copinage est difficile car il peut contribuer au brouillage des places. Cela peut donner lieu à des tutoiements qui sonnent faux, des tapes dans le dos et autres dépliants artificiellement cool. Certains programmes veulent faire sympa et croyant bien faire, l’adulte joue au copain pour, en fait, refiler son préchi précha. Ce registre n’est en général (et heureusement) pas recevable, pas plus que les messages du type « Sois positif ». N’oublions pas que dans cette phase de transition, pour parvenir à se séparer de ses parents et devenir un sujet à part entière, il est parfois nécessaire de passer par un moment d’opposition. Justement, quand ce copinage prend un tour réellement humoristique voire irrévérencieux, il ouvre une nouvelle porte et peut faire mouche. Comme pourrait le faire un oncle ou un ami de la famille, il « latéralise » la relation. ifeelgood.be, par exemple, y arrive avec talent.

4. La fiction. Si la démarche informative ou participative relève du rationnel, d’autres démarches s’appuient plus sur les ressorts inconscients. Tel sont les recours aux jeux de rôle, à la fiction… qui joue sur les modalités identificatrices évoquées plus haut. La difficulté de ce registre est double : risquer (malgré tout) de tomber dans le préchi précha ou, oublier les objectifs de prévention et se perdre dans le divertissement. C’est sur ce fil que marche 100drine.

Le recours à la fiction

Identification et protection
Mais le recours à la fiction offre un autre avantage nettement plus important. Nous pensons que dans le cadre d’un cours de morale, un atelier d’écriture, une AMO,… il est plus aisé d’aborder une thématique par le biais de la fiction parce que cela renforce la spontanéité et protège l’intimité. A titre de comparaison, on prendra le jeu de rôle tel qu’il est utilisé comme moteur en formation d’adulte. En jouant un rôle je puis à la fois m’exprimer avec d’autant de liberté que je peux, si nécessaire, me protéger en disant « ce n’est pas moi qui pense ou fait cela, c’est le personnage que l’on m’a demandé de jouer ». Respecter cette protection est un élément essentiel du processus.

Entre fiction et réalité.
L'adolescence est un moment d'entre deux. Un moment de brouillard . Quelle est mon identité? mon sexe? ma famille? Comment faire entre mes rêves d'enfance et ce que je perçois du réalisme de l'âge adulte, etc…
L'adolescent pour grandir va devoir se frayer un chemin dans toutes ces questions. Il va devoir se déterminer un minimum.
Outre les nombreuses raisons relatives à l'identification, il nous a semblé "utile" de laisser également un flottement à la question "Qui est 100drine?" C’est la raison pour laquelle les initiateurs du projet sont indiqué de manière extrêmement discrète, ils s'effacent derrière 100drine.
A l'expérience, nous constatons dans les mails, ou même dans les lettres écrites que les ado "jouent" avec ce flottement et continuent d'écrire à 100drine même quand ils ont la certitude qu'elle est un personnage de fiction. Et, quoi qu'il arrive, par mail ou par écrit (lors de demandes de cartes postales, autocollants, T-shirt, etc...) c'est toujours 100drine qui parle et répond. L’expérience indique qu'ils apprécient cet entre deux.

Les règles de l’écriture

 

Une fois que l’option fictionnelle est choisie, pour fonctionner et être crédible, elle doit entrer dans sa propre cohérence. Dès lors, tout les événements sont vus avec les yeux de 100drine (ou d’un autre personnage qui intervient en contrepoint) ; de même, c’est 100drine qui répond aux mails qui lui sont adressés ( par les ados, parents, éducateurs,…). C’est toujours pour la même raison que si nous évitons les fautes d’orthographes, nous faisons nôtres torsions de langage et autres gymnastique sms et chat.

 

N'est-ce pas un peu angélique?

[Commentaire laissé à la suite de l'article paru sur Agoravox ] J’ai lu tout "Sandrine" et une bonne partie de ses amis. Pas encore Hubert. Bon. Oui, c’est "sympa", mais ça reste quand même du niveau "histoire d’une jeune fille sans problèmes graves dans une famille idéale". Parce qu’il ne lui arrive rien à Sandrine ! Elle a de temps en temps un coup de cafard, mais c’est tout... Or les adolescents peuvent être confrontés à des problèmes qui vont au delà de "la copine de mon frère prend trop de place" ou "Papa ne veut pas que j’aille manger mes sandwiches dehors". Je ne dis pas que ce ne sont pas des problèmes, je dis que les jeunes sont en général confrontés aussi à d’autres problèmes, ne serait-ce qu’à... la mort. Quand mes enfants avaient l’âge de "100drine", ils avaient vécu la mort de leur petit frère, celle de leurs grand pères, le suicide d’un camarade de classe, des anciens condisciples morts dans un déraillement de train. Quid de la maltraitance (qui se résume à un élève brimé par un prof) ? Quid du divorce ? Quid de l’alcoolisme, des ruptures amoureuses, de l’intolérance vis à vis des gens différents (gros, homos, juifs, noirs, pauvres etc...) ? Quid de l’échec scolaire ? Je ne veux pas dramatiser la vie des ados, mais ça en fait autant partie que "Stefiiiie m’énerve" ou "mon père est un ringard".

(...) L'objectif de 100drine est limité ; il relève de ce que l'on dénomme la « prévention primaire », c'est-à-dire, qui vise à éviter la (trop forte) mise en danger.

Il est illusoire de penser qu'un site web, une brochure, une vidéo, une campagne mass média aie le moindre effet quand l'adolescent est en situation de danger. Trop d'initiatives dans ce sens sont du gaspillage. En situation à risque, l'adolescent est aidé par des rencontres avec des adultes qui tiennent leur place et peuvent témoigner de ce qu'est - pour eux - la vie. Des adultes de leur entourage ou des professionnels ; d'où l'importance des réseaux associatif, éducatifs, d'aide… et de la formation des intervenants.

Pour revenir à 100drine et à la prévention primaire, cela amène à se poser la question « Qu'est-ce qui fait prévention AVANT prise de risque ? ». Pour prendre un exemple, ce n'est pas parler du suicide qui sera « préventif » mais bien donner à entendre comment que la vie vaut la peine d'être vécue malgré qu'elle puisse être galère. Alors, le visiteur n'est plus seul avec ses doutes, sa dépression ou sa rage ; il lit l'histoire de quelqu'un qui traverse des difficultés similaires. Ces mécanismes d'identification montrent d'ailleurs à quel point une démarche « culturelle » a plus de sens qu'un volontarisme préventif. C'est ce qui permet par exemple de comprendre l'impact d'un livre, tel L'attrape cœur de J. D. Salinger, sur toute une génération.

L'intérêt de 100drine est qu'elle parvient à mettre ses difficultés en mots, là où très souvent l'adolescent n'y arrive pas. Mettre en mots, c'est se décoller de ce que l'on ressent, c'est commencer à prendre un certain recul, c'est entrer dans l'universel, le partagé. Notre langue, celle forgée par nos ancêtres, celle que nous avons à nous réapproprier à chaque génération. Pour cela, il faut en tester les limites, l'élasticité, … (à l'époque, le mouvement dada choquait autant que le langage MSN d'aujourd'hui). En m'appropriant le langage, je construit mon identité tout en me reliant aux générations antérieures.

Si le premier niveau est la lecture du blog, le visiteur est invité à participer de plusieurs manières. Il peut classiquement mettre un commentaire, il peut poster un billet avec une de ses humeurs (section Mes amis), il peut également écrire un épisode de la vie de 100drine (section Mes brouillons - Wiki qui permet une écriture à plusieurs ). Il peut même écrire à 100drine. Chaque commentaire, participation, message… est lu, mais il est exceptionnel que nous intervenions, nous constatons qu'une certaine autorégulation a lieu et qu'un visiteur répond à l'interpellation d'un autre. Par contre, il arrive que 100drine écrive un billet en écho à un ou plusieurs messages.

En passer par le langage, se décoller des pures sensations c'est s'écarter du passage à l'acte ou de la somatisation. Cela n'a rien de miraculeux, ni même de thérapeutique en soi, c'est se mettre en mouvement et tenir compte de l'Autre.
Reste la question des thèmes. En fait, l'histoire d'Hubert (qui préexiste à 100drine) est bien une succession de difficultés, telles que mentionnées par Lambertine. Néanmoins, pour ne pas « forcer », 100drine ne passe pas d'un malheur à un autre et ses copains ne sont pas tous en grande difficulté.

Pourtant, sous peine de tomber dans l'angélisme, il ne peut être question d'éviter ces thèmes. En fait, nous ne pensons pas qu'il faille « traiter » le thème, nous croyons par contre qu'il sera plus fort s'il est abordé de manière allusive. Ainsi par exemple, une jeune fille se fera respecter, notamment si elle a pu construire son intimité (physique et psychique), si elle sent qu'elle y est autorisée. Plutôt que de faire un billet sur une tournante, nous préférons parler de choses très banales telles la frontière que constitue la porte d'une salle de bain. Parfois nous serons un peu plus directs, l'anorexie étant évoquée via le décès d'un mannequin et, évidemment, le meurtre d'un adolescent pour un MP3 donne lieu à plusieurs billets.

De fait, il n'arrive pas grand chose à 100drine. Au fil des jours, est abordée l'enjeu de l'adolescence : « Quelle est ma place ? ». Nous le traitons également de manière très banale par les tensions de la vie quotidienne avec les parents, les rivalités au sein de la fratrie, les amitiés et trahisons…

Tant le web que l'adolescence est en bouleversement, 100drine est donc un « working in progress » pour lequel nous sommes ouverts aux critiques, suggestion, pistes, etc… D'avance merci.

 

Lectures

Serge Tisseron (Psychanalyste) : "Les nouvelles technologies modifient la manière de percevoir les autres et soi-même" (pdf)

 

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